Raynal et Roquelaure spécialise ses usines

L’USINE AGRO
Raynal et Roquelaure spécialise ses usines

Face à une baisse de compétitivité sur sa fabrication de produits MDD, la PME spécialisée dans les plats cuisinés a lancé un plan de réorganisation industrielle.Il nous fallait réagir. Nous perdions des parts de marché sur les marques de distributeurs (MDD), à cause de nos coûts de production. Notre rentabilité s’érodait”, se rappelle Norbert Glemet, le directeur général du fabricant de plats cuisinés Raynal et Roquelaure (groupe Cofigeo), en évoquant le contexte de 2012. Deux des trois usines du groupe, Capdenac Gare (Aveyron) et Sainte-Livrade (Lot-et-Garonne), produisaient des plats cuisinés en boîtes de conserve rondes en sous-capacité. “L’usine de Sainte-Livrade ne faisait que des boîtes blanches [sans étiquettes, ndlr]. De nombreux camions devaient partir vers Capdenac pour leur permettre d’être étiquetées”, détaille Mohammed Abdesslam, le directeur général adjoint responsable des opérations depuis juillet 2012. Une perte de temps et d’argent pour cette PME de 130 millions d’euros de chiffre d’affaires et 530 salariés. Le groupe décide alors de spécialiser ses sites de production : Sainte-Livrade, pour les plats micro-ondables et Capdenac pour les conserves rondes, celui de Camaret-sur-Aigues (Vaucluse) étant déjà dédié à la fabrication de plats italiens et exotiques. Le projet de réorganisation des usines du groupe était déjà ancien.

“En 1996, nous en parlions déjà. Nous avons longtemps laissé le projet en suspens pensant pouvoir éviter un plan social”, précise Norbert Glemet.

“En 2007, nous espérions que l’arrivée de nouvelles lignes sur la technologie des barquettes micro-ondables permettrait de compenser un transfert des conserves classiques sur Capdenac, mais elles ne sont pas montées en régime comme attendu”, explique-t-il.

En novembre 2012, le groupe se résout à lancer une réorganisation industrielle avec un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE). “L’objectif était de gagner 4 à 6% sur le prix de revient industriel. C’était un gros challenge”, explique Mohammed Abdesslam. La fermeture de la ligne de boîtes de conserve à Sainte-Livrade et son transfert à Capdenac a entraîné la suppression de 42 postes. “Des reclassements en interne ont été proposés sur 20 postes, mais seulement deux personnes ont accepté de travailler dans une autre usine : une à Capdenac et l’autre à Camaret”, regrette Norbert Glemet. Après des négociations avec les représentants du personnel, le PSE a été mis en place en avril 2013. “Nous avons souhaité prévenir plutôt que guérir, justifie aujourd’hui Norbert Glemet. Quelques mois plus tard, notre secteur a connu une grave crise liée au scandale de la viande de cheval dans les plats cuisinés, faisant plonger le marché de 11%.” La réorganisation est devenue plus que nécessaire.

Un taux d’occupation des lignes de 85%
Le groupe a profité de la pause estivale annuelle dans la production pour réaliser ce transfert. Les études de préparation du déménagement et le calcul des implantations ont été réalisés en interne par le service engineering et finalisées en juillet 2013. Le déménagement des équipements de l’usine de Sainte-Livrade a commencé le 15 juillet. Une cinquantaine de machines ont été transférées vers Capdenac-Gare : des juteuses, remplisseuses, doseuses de légumes, de viandes et de charcuterie. Le stérilisateur de 47 tonnes et 27 mètres de longueur a été l’équipement le plus difficile à déplacer. Un convoi exceptionnel a été nécessaire. Pendant toute la durée du transfert, le groupe s’est fait accompagner par le cabinet T’orrem, spécialisé dans les réaménagements et les transferts industriels. C’est lui qui a assuré le démontage et le remontage des machines. Certains équipements trop vétustes, comme les étuves, n’ont pas été déménagés. Le groupe a dû racheter des machines (un réhydrateur de légumes secs, un cuiseur mélangeur, un dépalettiseur). Soit 3 millions d’euros d’investissements environ. L’installation sur Capdenac a été réalisée entre le 1er août et la mi-septembre. Au total, 60% des 15 000 m2 de l’usine ont dû être réorganisés, notamment le stockage des matières premières. Aujourd’hui, les deux lignes sont occupées à 85%, contre un peu plus de 30% à Sainte-Livrade avant le transfert. Les volumes produits sont passés de 13 000 à 22 000 tonnes. À Sainte-Livrade, le site a été rétréci, de 21 000 à 8 000 m2, hors stockage des produits finis. Les deux lignes de barquettes micro-ondables appertisées ont été conservées et réaménagées.

“Le non-transfert du personnel a été un problème. Il a fallu recruter et passer d’abord par intérim et Pôle emploi”, dit Mohammed Abdesslam. La formation a eu lieu en interne. Les conducteurs de machines ont formé les intérimaires. “On a mis deux personnes sur des machines le temps que la personne recrutée soit opérationnelle”, ajoute-t-il. “Ce transfert a augmenté la charge de travail pour les salariés présents, dénonce le syndicat de la CGT. Seuls cinq CDI et neuf CDD ont été recrutés depuis septembre 2012, loin des 20 postes promis.” De son côté, la direction assure que d’autres recrutements sont en cours.

En attendant, le groupe poursuit sa quête de compétitivité. En janvier, il a lancé, avec le cabinet Axium, un programme de World class manufacturing (WCM) visant à améliorer de façon continue la performance. “Cela implique l’état des lieux des fonctionnements, la description des méthodes, de la performance, avec des critères à atteindre”, détaille le directeur général adjoint chargé des opérations. Le programme a été déployé à Camaret et devrait être étendu aux deux autres sites en fin d’année. Le groupe réfléchit aussi à un système d’étiquetage en ligne des boîtes de conserve à Capdenac. Le process connaît une rupture de charge après la stérilisation, les boîtes étant stockées sans étiquette sur palettes. “Nous étudions précisément les coûts et le retour sur investissement. La méthode nous obligerait à perdre un peu en souplesse et à anticiper davantage en amont”, estime Mohammed Abdesslam. Décision avant la fin 2014.

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